mercredi 17 juin 2020

Réfléchir ensemble : Webinaire commun EPUdF-UEPAL du 8 au 10 juillet 2020



Nous avons vécu des choses tout à fait inédites ces derniers mois, autant dans nos vies personnelles qu'en Eglise, et nous avons découvert de nouvelles manières d'être en lien, entre nous et avec Dieu.

L'EPUdF et l'UEPAL vous invitent à réfléchir ensemble à ce sujet, partageant ce qui s'est passé et la façon dont nous pouvons envisager de continuer notre route commune.

Mettant à profit ces nouveaux supports, un webinaire est proposé du 8 au 10 juillet, avec plénières et ateliers - chacun peut s'inscrire à tout ou partie des rencontres proposées.

Pour plus d'infos, et pour le lien vers le formulaire d'inscription, voir ici :

https://www.eglise-protestante-unie.fr/actualite/webinaire-quelle-eglise-apres-le-covid19-21675

Au plaisir de vous retrouver bientôt !

mercredi 13 mai 2020

Des changements apparus à la faveur de cette pandémie

(Traduction avec l’accord des auteurs du billet publié sur le site Sacred Design Lab en mai 2020, à l’adresse : https://mailchi.mp/mail/internet-of-meaning-4676757?fbclid=IwAR10NenNa6xqSu1CPhaII5rU0BhPaidWx84xSXV7-RQWowcxWEXWorNZPd4)

Un article de Sacred Design Lab 


(Traduction Pascale Renaud-Grosbras)



Chers amis,
En dépit de la dévastation que nous connaissons actuellement, le Covid permet de mettre à jour certaines choses, radicalement. Il révèle la douleur de la solitude et de l’isolement. Il révèle combien la plupart des gens désirent se concentrer sur les choses qui comptent vraiment. Enfin, il favorise une incroyable créativité et une grande résilience. 

Quant à nous, nous voyons cinq grands changements survenus dans le paysage religieux et spirituel à la faveur de cette pandémie.

1. La recherche de sens prend une place primordiale. Des dizaines de millions de gens dans le monde doivent rester confinés à la maison pour protéger les plus vulnérables. Les plus jeunes font le choix de restreindre leurs déplacements pour protéger leurs aînés. Tous les jours en ce moment, les gens participent volontairement à ce qui peut être décrit comme la plus grande manifestation de solidarité jamais vécue dans l’histoire du monde.

Tous les jours, les habitants des villes du monde entier se tiennent aux coins des rues et sur leurs balcons pour montrer leur reconnaissance envers les soignants. Les voisins s’écrivent des messages de réconfort par terre, sur les trottoirs. De nouveaux rituels de soin d’autrui et de reconnaissance sont créés pour donner du sens et de la cohérence aux incertitudes que nous partageons.


Chaque jour, le stress, la peur, l’isolement et le chamboulement actuel mettent en lumière ce qui importe le plus. C’est parfois difficile à regarder en face. La dévastation que représentent l’inégalité économique et l’accès inégalitaire aux soins de santé est partout évidente. En même temps, nous réfléchissons à ce qui compte vraiment pour nous, à ceux que nous aimons et à ceux qui nous aiment, aux communautés auxquelles nous appartenons et à ce que nous voulons devenir pendant le temps qui nous reste à vivre. Ce sont des questions essentielles dans cette vie, et nous nous les posons actuellement à grande échelle. 





2. Les moyens d’exercice habituels de la religion disparaissent. Le Vendredi Saint, des musiciens en combinaison de protection ont joué au milieu des ruines de Notre Dame pendant que l’archevêque de Paris disait la messe et élevait l’hostie, mais aucun paroissien n’était présent et ceux qui regardaient n’ont pas pu participer à la communion. Le fil de la vie sacramentelle est cassé.

Ailleurs, des rabbins se tiennent, seuls, au milieu de leurs synagogues pour donner leur méditation via les médias sociaux. Sans les communautés et sans les échanges liturgiques qui mêlent le temps, l’espace, le texte et la musique, des dimensions vitales du sens sont absentes. Les récipients pour la quête restent vides. Les lieux de culte sont fermés.

La désertion des lieux de culte et les communautés qui vont s’amenuisant n’ont pas attendu le Covid. Déjà affaiblies par des années de déclin financier, presque toutes les confessions s’efforcent de trouver des moyens pour continuer à communiquer leur message. Les dogmes, les hiérarchies et les liturgies qui soutiennent l’infrastructure religieuse au travers du temps ont du mal à s’adapter à des changements rapides. Le Covid n’a pas créé ces conditions, mais les bouleversements dans le tissu social et les dommages économiques ne feront qu’accélérer les dégâts subis par les fondations précaires de ces systèmes religieux.

3. La communauté peut se vivre chez soi. Le dimanche après-midi, des chorales virtuelles se réunissent pour chanter. Des chefs de chœur à Brooklyn (New York) proposent des mélodies à chanter ensemble, chacun confiné chez soi, avec des centaines d’autres partout dans le monde. 
Des jeunes qui ont partagé des camps d’été se retrouvent pour partager des repas de shabbat, chacun chez soi. Des collègues échangent des idées pour prendre soin de soi.

Ces efforts, et bien d’autres, sont locaux (et parfois si locaux qu’il n’y a guère qu’une personne localement chez ceux qui vivent seuls) mais ils sont aussi transversaux et ils mettent en lien des gens par-delà des distances importantes. Libérés des limitations des rencontres en personne, nous apprenons que des communautés pleines de sens peuvent s’implanter chez soi. 




4. Le leadership religieux se dé-professionnalise. Avec la sécularisation croissante de nos sociétés, des projets ont été entrepris par des jeunes (ceux que l’on appelle les Millenials et ceux de la Génération Z) pour créer des communautés nouvelles en remplissant le vide laissé par les religions établies et autres institutions sociales. Ces communautés, le plus souvent, existent sans la bénédiction de ces religions et institutions. Peu de leurs leaders ont été ordonnés ou reconnus ou même formés.

Le Covid favorise l’arrivée de nouveaux leaders qui créent de nouvelles formes de communauté et proposent des pratiques spirituelles : tout comme des gens ordinaires proposent des séances de méditation sur Instagram Live, des laïcs proposent des temps de culte quotidiens et des membres de familles en deuil conduisent des cérémonies d’obsèques. Cette dé-professionnalisation s’accompagne d’une évolution des rôles au moment où les valeurs du monde du travail semblent s’adoucir, où des chefs d’entreprise envoient des lettres pastorales et où n’importe qui, muni d’un appareil numérique, peut créer une communauté.

5. Les relations virtuelles peuvent s’avérer étonnamment pleines de sens. Juste après l’édiction des consignes de confinement, Sacred Design Lab a commencé à proposer des temps de culte « familiaux » chaque semaine. Cinquante personnes de tous les horizons, de religions différentes, de tout âge, dans des configurations familiales différentes et différents niveaux d’accès à internet ont commencé à partager des temps interreligieux d’une trentaine de minutes avec de la musique, des textes et des moments de partage en petits groupes. La plupart ne s’étaient jamais rencontrés dans la vraie vie. Ceux qui n’avaient jamais utilisé Zoom ni partagé dans un petit groupe ont été surpris de découvrir la profondeur des échanges et combien la présence peut survivre dans un espace virtuel.

Le Covid est en train d’apprendre à des gens toujours plus nombreux que le lien virtuel peut avoir du sens lorsque nous prenons soin de mettre en place des repères dans le temps et dans les intentions énoncées, lorsque nous demandons aux gens de se pencher sur des questions importantes en ce moment. Le monde religieux traditionnel a été particulièrement lent à s’adapter aux environnements virtuels, mais beaucoup de ce que les humains y ont appris peut s’y développer : comment donner forme à des questions profondes, comment créer des environnements qui favorisent la réflexion et comment inviter au partage.

Le Covid va sans doute accélérer l’affaiblissement des institutions religieuses traditionnelles et des pratiques sur lesquelles les générations précédentes se sont appuyées pour y trouver des réponses. Mais le virus met également au jour de nouvelles façons de trouver du sens et de se rattacher à une communauté au cœur de notre monde blessé.

Que cela nous soit donné !

Sue

samedi 25 avril 2020

Proposition pour un temps cultuel le dimanche 26 avril

Accueil
Bonjour à vous en ce deuxième dimanche de Pâques !
Je suis la pasteure Gwenaël Boulet, secrétaire nationale Évangélisation et Formation et je vous propose de nous mettre en route avec les compagnons d’Emmaüs. Vous retrouvez ce texte dans l’Évangile selon Luc, au chapitre 24.
Avant de commencer ce culte, si vous le souhaitez, vous pouvez prendre le temps d’allumer une bougie, d’aller chercher une tasse de café, de thé et de vous installer tranquillement en présence de Dieu. Puisque chacun est chez soi, chacun peut aussi vivre ce temps avec tout ce qu’il lui faut pour qu’il se sente bien.
Pendant ce premier morceau de musique, n’hésitez pas à vous installer comme vous en avez besoin.





Venite exultemus :
https://www.youtube.com/watch?v=K7yxgfxsy6I&list=PLoGxXbLWeSfGN-uXUZ_Zgdcx7aQAKubkJ&index=17







Ouverture
Voilà, nous sommes tous ensemble devant le Seigneur.
Que le Seigneur ressuscité vienne vous rejoindre.
Qu’il soit dans les résonances des mots qui vont se dire !
Qu’il soit dans vos silences et dans vos prières !
Et qu’il soit au milieu de nous, de nos chemins et de nos vies.
Amen



Prière
Nous prenons un temps pour louer Dieu.
          Pourquoi voulez-vous remercier le Seigneur ce matin ?...
          Pour la beauté d’un regard… pour le chant d’un oiseau… pour le sourire des petits enfants lors du dernier appel vidéo ?
          Pour le silence… pour le travail… ?
          Pour toute autre chose… ? … C’est vous qui savez pourquoi vous avez envie de dire « merci, Seigneur ! »
Alors prenez ce temps pour poser vos mercis, pour les exprimer…
Toutes nos louanges, nous les présentons à Dieu.
    Seigneur, merci pour ce que tu nous donnes de jour en jour.
    Merci pour les étincelles de fraternité qui viennent mettre de la beauté dans nos vies.
    Merci pour les beautés du monde qui viennent apaiser nos cœurs.
    Merci pour ta présence parmi nous,
    Merci pour les soignants et les soignantes, les caissières et les caissiers, celles et ceux qui enlèvent les poubelles, qui nettoient les rues,
    Merci pour celles et ceux qui cultivent la terre et la rendent féconde, pour les instituteurs et les professeurs,
    Merci pour celles et ceux qui tous les jours nous témoignent leur présence,
    Merci pour ton Église qui se réinvente pour dire ton Évangile.
Amen




Que ma bouche chante ta louange :
https://www.youtube.com/watch?v=KTXkDEen3m0








Lecture biblique
Aujourd’hui le texte biblique nous emmène faire quelques pas… Oui, nous allons marcher et un peu plus que dans un rayon d’un kilomètre. Profitons de cette liberté que nous offre l’Évangile raconté par Luc au chapitre 24.
Ouvrons nos oreilles au voyage avec le Christ et que l’Esprit de Dieu vienne emplir notre écoute.

Nous sommes le jour de Pâques… le matin même des femmes sont venues dire que le Christ leur est apparu… et qu’il est vraiment ressuscité…
Pierre et Jean ont couru jusqu’au tombeau… Vide !
La journée est entamée… et sur la route deux hommes… deux disciples… se rendaient à un village du nom d’Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem. Ils parlaient entre eux de tous ces événements. Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
Il leur dit : « Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? » Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre. L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : « Tu es bien le seul à séjourner à Jérusalem qui n’ait pas appris ce qui s’y est passé ces jours-ci ! » – 
« Quoi donc ? » leur dit-il. Ils lui répondirent : « Ce qui concerne Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple : comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié ; et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ce qu’ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Et lui leur dit : « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire ? » 
Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
Ils approchèrent du village où ils se rendaient, et lui fit mine d’aller plus loin. Ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. » Et il entra pour rester avec eux. Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible. Et ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures ? »
A l’instant même, ils partirent et retournèrent à Jérusalem ; ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon. » Et eux racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.



Prédication
Deux hommes rentrent chez eux…
… Autant dire que pour nombre d’entre nous qui voyons s’afficher partout des « restez chez vous » et qui rêvons de mettre un petit bout d’orteil de rien du tout, un tout petit plus loin que le kilomètre autorisé… et bah ça semble étrange. Surtout pour un jour de résurrection et de retour à la vie !
Deux hommes, donc, deux disciples de Jésus, l’un Cléopas, l’autre sans nom, comme sans histoire…  On ne saura guère plus de l’identité et de la vie de ces deux hommes… Ont-ils arpenté les chemins avec Jésus ? étaient-ils de ceux qui étaient dans les foules ? On ne sait pas… Ce qu’on sait, c’est qu’ils étaient disciples… tout simplement. Des hommes parmi d’autres humains, deux personnes qui auraient pu rester hors de l’histoire…
Peu importe qu’ils aient été du type Pierre « je brave les éléments pour marcher sur l’eau » ou du type Jean « je me bagarre pour savoir qui est le plus grand et le plus costaud » ou du type Nicodème « je viens de nuit c’est plus sûr, dès fois que je sois repéré par d’autres… »
Oui, peu importe, car pour eux, pour ces deux hommes, tout semble terminé… l’histoire est close comme le seront les murs de leur maison.
Ils vont se confiner !
Ah, pauvres hères… mais que faites-vous donc ? Vous avez toute liberté d’aller et de venir… de partager avec vos amis… de toucher les vôtres… et vous allez vous confiner ?!
Mais on a juste envie de leur dire, qu’ils sont fous, qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, que le confinement ce n’est franchement pas ce qu’il y a de plus marrant…
C’est que confinés, ils le sont peut-être déjà en fait, avant même d’arriver chez eux. Avant que des murs physiques les entourent, ils sont peut-être déjà dans un enfermement. Après tout, la mort est venue frapper dans leur vie. Ils sont peut-être simplement
enfermés dans leur peine, « ça ne sera plus jamais comme avant »…
enfermés dans leur pensée… « et si on avait fait autrement et si on avait dit autre chose »…
enfermés dans leur déception, « et dire que nous avons cru que Dieu allait changer le cours de l’histoire »…
Mais c’est le troisième jour… Le rideau s’est refermé pour ces hommes ! Ils ne voyagent plus dans leur tête. Ils ne rêvent plus de demain. Ils n’espèrent plus ! Oui, ils sont déjà terriblement enfermés… comme nous pouvons l’être nous aussi face à la mort… et à la perte d’espérance…
Alors aller jusque chez eux… y retrouver leurs habitudes, au risque de tourner avec elles, ce n’est pas si grave. Au moins, ça… les habitudes… c’est connu… ça se maîtrise… pas de surprise, ni bonne, ni mauvaise…
Ah oui, mais non ! Non, les deux hommes : nous sommes le 3ème jour, il s’est passé quelque chose le matin ! Les femmes, vous ne les avez pas écoutées ?... Ah bah, non, c’est vrai, ce sont des femmes ! Et Pierre et Jean ? … Hein ? Ah oui, il y en a un qui a renié… et l’autre… alors ?...
Ils semblent ne plus faire confiance à personne ces deux là qui retournent chez eux…
Hum… ils ne font confiance à personne et pourtant ils ne rabrouent pas celui qui vient marcher avec eux… et parler avec eux…
« Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? » leur dit celui qui s’approche.
Et là, ils se mettent à tout dire, tout raconter… Après tout, ça ne mange pas de pain de dire ce qu’on a sur le cœur à quelqu’un qu’on ne connaît pas… Encore quelques pas et il ne sera plus là…
Mais voilà que le chemin se termine… et, et mais c’est pas vrai… il est encore là… et il a parlé cet homme qui les a rejoints… et il leur a tout expliqué… Il en a fait des pas avec eux… et plus que ça vers eux… vers leur souffrance pour les réconforter… vers leur histoire pour lui donner sens… L’air de rien, juste en parlant, il a commencé à les libérer de leur enfermement.
Et pour nous, qui relisons cette histoire… combien d’échos possibles avec nos vies, nos itinéraires… Il est bon de nous rappeler que le Christ vient nous retrouver dans ce qui nous replie sur nous-mêmes. Il entre dans nos discours qui ressassent les problèmes, les échecs, les blessures… il écoute… et il essaye tantôt d’apaiser, tantôt de donner un éclairage nouveau… Rien que dans l’échange il ouvre des portes là où nous pensions que tout était clos.
Et voici que c’est la fin de la journée… la route est finie… les deux hommes sont à leur porte… Bon, ça y est… Au revoir ! Mais là, surprise, ce sont eux qui invitent… Tu ne vas pas partir qu’ils disent à cet homme. Tu vas rester à la maison avec nous ! Et il le fait, il entre pour rester avec eux !
Jusqu’au moment où il partage le pain et le vin… et là… ils percutent les deux ! D’un coup, ils ont tout compris… C’est lui, le Christ ! Il est ressuscité… il est vraiment ressuscité ! Mais ils n’ont pas eu le temps de réaliser quoique ce soit, que pflop… il est parti…
Insaisissable résurrection qui rappelle à la vie et ne se laisse jamais enfermer !
Ce qui est génial, c’est leur réaction à ces deux-là. Ils s’en vont ! Ils fichent le camp de la maison. Ils ont fait des kilomètres pour rentrer chez eux et zou, illico presto, ils s’en retournent. Ils ne sont plus enfermés. Ils se « déconfinent » parce qu’ils ont repris confiance. Ils sortent parce qu’ils ont reconnu le Ressuscité et pour eux, c’est comme le signal du départ d’une nouvelle vie.
Je crois bien que c’est le confinement le plus court de l’histoire ! Quand le Christ est reconnu au creux de la vie, tout devient différent.
Pourtant ce sont les mêmes hommes, c’est le même chemin, ce sont les mêmes personnes qu’ils vont retrouver… Pourtant les événements douloureux ne sont pas effacés…
Mais peu importe, le changement est en eux ! C’est eux qui ont changé. Quand le Christ est reconnu, il y a une transformation qui s’opère en nous… et tout prend un tour différent. L’enfermement explose… ou plutôt nous ne le subissons plus… il n’a plus de prise sur nous et nous pouvons reprendre la route.
Je suis certaine que Dieu souhaite que nous puissions tous et toutes arpenter les rues, les sentiers et les forêts. Et j’espère que ce jour arrivera vite. Mais ce qui est tout aussi certain, c’est que le Ressuscité vient déjà remettre du chemin dans nos têtes… Il nous donne de l’espérance. Soyons aussi libres que nous le pouvons en pensée, en prière, en imagination. Aussi libres que nous le pouvons pour inventer de nouvelles formes de partage et de témoignage. Aussi libres que nous le pouvons pour annoncer à notre manière que le Christ est venu au cœur même de nos enfermements nous relever et nous donner le goût de la vie… aussi bon que le goût du pain partagé !
Soyons libres ! Libres d’inventer un monde nouveau aussi… un monde qui soit façonné comme un Royaume de paix, de justice et de fraternité.
Amen



Libres de nos chaînes :
https://www.youtube.com/watch?v=8cklbg_ZdrU&feature=emb_logo








Prière et invitation au Notre Père
Seigneur, tout se mélange un peu dans ce temps nouveau que nous vivons.
Les joies et les peines sont toujours là, mais nous passons peut-être plus vite des unes aux autres. La joie d’avoir des nouvelles de ces proches, de voir leurs visages sur les écrans, et la peine de ne pas pouvoir les serrer dans nos bras.
La joie d’entendre un oiseau chanter et la peine de ne pas pouvoir aller faire un tour dans le parc.
Oui, tout se mélange…
Nous regardons nos vies, notre société, et nous nous demandons comment nous avons pu en arriver là… Comment est-il possible qu’un virus ait stoppé la course du monde ? Est-ce que cette course en valait la peine ?
Et puis, nous nous disons qu’après ce sera différent… que nous ferons peut-être plus attention aux petits signes de vie, aux gestes de fraternité… que peut-être nous serons plus solidaires ? que peut-être nous construirons un monde plus juste, plus beau… ? Peut-être !
Et nous avons peur aussi… et si ça ne changeait pas vraiment ?... et si on repartait comme avant ?
et si… dans cet après, il nous manquait des êtres chers ?...
Le temps n’est pas simple aujourd’hui, Seigneur… et tu le vois ce temps. Et toi, tu vois comment nous sommes embarqués dedans.
En ce temps de Pâques, Seigneur, nous te confions notre monde, nos vies et tous nos proches.
              Vous pouvez prendre le temps de nommer les personnes qui comptent pour vous…
Nous te prions pour les malades, qu’ils soient accompagnés dignement,
Nous te prions pour les familles endeuillées, qu’elles trouvent des lieux d’écoute et de réconfort,
Nous te prions pour toutes celles et tous ceux qui mettent de la joie dans le quotidien, qu’ils soient ressourcé.e.s…
              Vous pouvez ajouter d’autres intentions de prière…
Toutes ces prières, Seigneur, nous les réunissons et te les confions en reprenant ces mots, que nous disons ensemble portés par le Christ,
Notre Père,
Qui es aux cieux,
Que ton Nom soit sanctifié,
Que ton Règne vienne,
Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.
Car c’est à Toi qu’appartiennent,
Le Règne, la Puissance et la Gloire,
Pour les siècles des siècles,
Amen



Bénédiction
Ce matin, nous avons cheminé ensemble, à distance physique, mais proche dans la prière et la fraternité.
Nous allons repartir sur nos chemins. Et le Christ va accompagner chacun et chacune de nous.
Que le Seigneur, vous bénisse et vous garde,
Et qu’il vous donne d’aller en paix sur la route de vie !
Amen






Jubilate coeli :
https://www.youtube.com/watch?v=QNhPtJvex2Q&list=PLoGxXbLWeSfGN-uXUZ_Zgdcx7aQAKubkJ&index=14

jeudi 9 avril 2020

WhatsApp multifonctions



Suite à la proposition de l’Église de prier, chacun.e chez soi, tous les jours à 18h, il m’a semblé utile de créer un groupe WhatsApp pour la paroisse, afin de stimuler l’élan de cette communion virtuelle quotidienne. Une quinzaine de paroissiens, d’âges différents, se sont inscrits. Nous nous donnons rendez-vous chaque jour de 18h à 18h30 et le dimanche matin pour un culte interactif à 10h30.
L’idée est de partager des sujets de prière, de lire ensemble un texte biblique, d’écouter un ou plusieurs cantiques (YouTube nous en propose de multiples) et de donner des nouvelles des uns et des autres (des participants et de ceux qu’ils ont eu au bout du fil depuis la veille). Nous terminons chaque rencontre en priant le Notre Père, à partir d’une image partagée. Très vite les uns et les autres ont montré leur créativité en partageant des photos, d’une fleur rencontrée lors de leur sortie de la journée par exemple.




Presque deux semaines après la mise en place du groupe, les participants donnent leur avis. Le groupe virtuel permet à certains le partage de sujets de prière personnels, de prier pour eux-mêmes pour être plus réceptifs aux autres et aux appels au secours qu’ils reçoivent. Un autre participant apprécie la photo du bouquet de fleurs qui est partagée chaque dimanche matin. Le bouquet de fleurs est préparé, comme d’habitude, et pris en photo pour le culte interactif (il manque juste la bonne odeur). D’autres disent que par ce moyen il y a des apports plus personnels que si on était au temple (dessins, photos, poèmes,…). Une dernière remarque concerne la musique, car en écoutant les cantiques proposés, l’échange par WhatsApp permet de (re)découvrir la richesse musicale sur internet.
 

 
Au fur et à mesure le groupe s’est donné quelques règles de fonctionnement. La première est de dire son nom quand on se connecte au groupe, chaque soir. En effet, si un numéro n’est pas enregistré dans les contacts, la personne ne voit pas le nom, mais seulement le numéro de la personne qui écrit. Dire son nom permet de « personnaliser » le numéro qui s’affiche. Une deuxième règle est de ne pas répondre quand on voit que quelqu’un est déjà en train d’écrire (affiché sur l’écran). C’est une façon de faire attention à l’autre, qui écrit, et de lui laisser le temps de mettre sa réponse. Cela évite aussi une vitesse d’échange qui est difficile à suivre pour chacun.e et donc permet un vécu communautaire plus important.

WhatsApp permet de garder le lien, en attendant de se revoir. Sans doute les échanges quotidiens auront-ils changé notre regard les uns sur les autres.

Marlies Voorwinden
Pasteure EPUdF Beaucaire/Tarascon et Pays d’Arles

vendredi 3 avril 2020

Quizz et quizz et colégram...





Le caté à distance ? C’est possible !

Des ados et des catéchètes confiné⋅e⋅s et motivé⋅e⋅s, un quizz biblique, un groupe de messagerie instantanée, on mélange et… Une séance de caté depuis chez soi !

L’idée a germé lorsque le pasteur a partagé avec les catéchètes un quizz biblique sur fond de confinement. Le quizz fait partie des meilleures recettes pour « faire du caté sans en avoir l’air », et il est très populaire auprès des catéchumènes : un travail d’équipe, un soupçon de sport, un défi… et de vraies recherches bibliques dedans !

Oui mais… On est confiné⋅e⋅s ! (et pas des cons finis, comme je l’ai entendu dire : ne présumons pas de l’effet des mouvements réduits sur l’activité de notre cerveau!)
Alors, comment faire ? Impossible de réunir les personnes, et le groupe est trop grand pour pouvoir organiser une séance vidéo avec les outils déjà en place.

Qu’à cela ne tienne… Il suffit d’un peu d’imagination ! La veille, le rendez-vous est donné, aux catéchumènes et aux parents qui font le relais. La séance sera proposée sur le groupe whatsapp qui est déjà utilisé pour la communication depuis le début de l’année scolaire. Le quizz est prêt, les références bibliques aussi.

À l’heure dite, tout le monde est là : huit catéchètes, une quinzaine de catéchumènes. Les instructions sont données : trouver une Bible et suivre les questions, laisser un peu de temps avant de répondre pour que tout le monde ait sa chance. Le quizz se déroule, beaucoup de réponses fusent, vite, précises, certain⋅e⋅s ont la recherche rapide ! Arrive la fin (déjà ? Eh oui, cela fait une heure que nous sommes ensemble!) et la conclusion : quel est donc le point commun de tous ces récits bibliques ? Quel enseignement en tirer pour nous aujourd’hui ?

Ce fut un temps haletant, passionnant, enrichissant, pour les adultes comme pour les ados. Merci ! Rendez-vous est déjà pris pour tenter une autre expérience, avec Zoom celle-ci !


Arthur Joly
Stagiaire master pro
 à l'Eglise protestante unie d'Argenteuil,
 Asnières, Bois-Colombes et Colombes




Fichier:Quizz.png — Wikipédia

À votre tour de jouer ! Voici le quizz :
1- Où se trouvait Noé lorsque Dieu a lancé le déluge sur terre ?
Indice : Genèse 7, 6-23
Question subsidiaire : que représentait l’arche pour Noé et sa famille ? Pouvaient-ils sortir ?
2- Où se trouvait Abraham quand les anges sont venus le voir ?
Indice : Genèse 18, 1-15
Question subsidiaire : pourquoi Abraham se trouvait dans une tente ? Qui d’après vous, sont les anges qui viennent le voir ?
3- Quand l’ange a tué les premiers nés d’Égypte, où se trouvaient les Israélites ?
Indice : Exode 11
Question subsidiaire : connaissez vous le nom de la fête juive commémorant cet événement ?
4- Où se trouvaient les apôtres lorsqu’ils ont reçu l’Esprit Saint ?
Indice : Actes 2
5- Où se trouvait Paul, aveugle, lorsque Ananias est venu le voir ?
Indice : Actes 9
Question subsidiaire : qu’arrive-t-il à Paul à ce moment-là ?

mardi 24 mars 2020

Quelques éléments de réflexion à propos de la diffusion de nos cultes en temps de pandémie



Article de C. Christopher Smith (« Churches Should Think Twice Before Webcasting Their Worship Services ») du 19 mars 2020 sur son site, traduction Pascale Renaud-Grosbras





 Photo Philippe Baumgart


La pandémie de coronavirus s’est propagée rapidement à travers le monde, obligeant à restreindre les rassemblements et même, en certains lieux, à les supprimer complètement, ce qui a forcé les Églises à prendre des décisions dans l’urgence quant à leur usage des nouvelles technologies pour permettre à leurs communautés de rester en lien malgré la distanciation sociale. Beaucoup ont fait le choix de diffuser leur culte en direct sur Facebook Live ou une plateforme équivalente. Étant donné l’évolution rapide des circonstances, je ne reproche pas aux Églises d’avoir fait ce choix (ma propre Église est en train de se préparer à le faire à partir de dimanche prochain), mais il me semble utile de faire une pause et de réfléchir :

Qu’est-ce qu’un culte ? Qu’est-ce qui est vraiment nécessaire dans un culte ? Et quels outils technologiques sont-ils les mieux à même de nous permettre de créer un espace où notre louange peut s’épanouir ?

Toutes les Églises devraient se poser ces questions au cours des semaines qui viennent. Elles vont devoir discerner comment continuer le chemin qu’elles auront ainsi entamé. J’ai travaillé dans le milieu de l’informatique pendant plus de dix ans et j’ai eu l’occasion d’aborder longuement ces questions (j’en ai creusé certaines dans mon dernier livre, How the Body of Christ Talks: Recovering the Practice of Conversation in the Church), et j’aimerais proposer ici quelques réflexions pour aider les Églises à exercer leur discernement à propos des nouvelles technologies et du format à donner à leurs célébrations dans les semaines à venir.

Il me semble qu’un culte est destiné à favoriser une participation aussi incarnée que possible pour toutes les personnes présentes. (Ou, pour le dire autrement, un culte n’est pas supposé être un produit religieux à consommer passivement). Nous partageons un culte lorsque nous pouvons unir nos voix dans le chant et dans la prière et lorsque nous mangeons et buvons le corps et le sang du Christ ensemble. Voyez par exemple ce que dit l’apôtre Paul lorsqu’il conseille l’Église de Corinthe en 1 Co 14 (la totalité du chapitre vaut d’ailleurs le coup d’être lue puisqu’il décrit la réalité d’une Église au culte par trop interactif et chaotique, mais le cœur du chapitre se situe aux versets 26 à 33) :

26Que faire alors, frères ? Quand vous êtes réunis, chacun de vous peut chanter un cantique, apporter un enseignement ou une révélation, parler en langues ou bien interpréter : que tout se fasse pour l’édification commune. 27Parle-t-on en langues ? Que deux le fassent, trois au plus, et l’un après l’autre ; et que quelqu’un interprète. 28S’il n’y a pas d’interprète, que le frère se taise dans l’assemblée, qu’il se parle à lui-même et à Dieu. 29Quant aux prophéties, que deux ou trois prennent la parole et que les autres jugent. 30Si un assistant reçoit une révélation, celui qui parle doit se taire. 31Vous pouvez tous prophétiser, mais chacun à son tour, pour que tout le monde soit instruit et encouragé. 32Le prophète est maître de l’esprit prophétique qui l’anime. 33Car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais un Dieu de paix. (TOB)

Paul semble présupposer que les membres de l’Église viennent au culte préparés à y participer. Il semble que l’interactivité divine représentée par la Trinité soit un modèle pour le genre de communauté qui rend un juste culte : être ensemble, se parler, faire attention à tous les membres du corps ainsi rassemblé. Souvenons-nous des paroles de Jésus : « Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20 TOB). Si nous considérons le contexte de ce passage en Mt 18, nous constatons qu’il s’agit de péché et de pardon : aussi, Dieu se rend présent à nous lorsque nous sommes présents les uns aux autres par la conversation. J’entends la conversation au sens large, c’est-à-dire non seulement les mots que nous partageons, mais la communion incarnée dans nos mots, nos émotions, notre communication non-verbale, etc. : lorsque nous sommes présents les uns aux autres).

Quelle conclusion en tirer à propos de notre usage des outils technologiques pendant la présente pandémie ?

  • Tous les moyens technologiques ne se valent pas. Certes, nous ne pouvons pas être physiquement présents les uns aux autres en ce moment, mais certains outils permettent de se rendre plus présents que d’autres. Les vidéoconférences (Zoom, Google Hangouts…) où tous les participants peuvent se voir et s’entendre favorisent la présence et la participation bien mieux que les plateformes de webdiffusion (Facebook Live…) destinées à une consommation passive. Les outils audio (conférences téléphoniques) ne permettent pas une participation aussi intense que les conférences vidéo, mais ils engendrent une passivité moindre. Même Facebook Live, qui permet de commenter en temps réel, permet ainsi de participer un petit peu plus que d’autres plateformes ; cela reste néanmoins très proche du pôle « passif », bien plus que les conférences vidéos.
  • Les Églises (surtout les plus grandes) devront peut-être mettre en œuvre plusieurs outils différents. Les cultes dominicaux pourraient ainsi être diffusés en direct tandis que de petits groupes pourraient se maintenir grâce aux vidéoconférences qui permettent de se rendre présents les uns aux autres. Les Églises pourraient fournir de la documentation sur la manière de célébrer en petits groupes, avec une liturgie, des prières et des cantiques, des passages bibliques à lire pour en discuter ensuite, et des idées pour encourager l’édification mutuelle en partageant ce qui se passe dans nos vies (nous en avons un cuisant besoin pendant ces jours chaotiques). Notre Église a ainsi mis en place un rendez-vous via Zoom tous les soirs à 20h pour tous les membres de la communauté qui le souhaitent, pour prier ensemble et partager.
  • Rendre un culte est une expérience holistique qui ne se limite pas aux « moments de culte ». Les outils de vidéoconférence peuvent être une vraie chance pour permettre aux Églises d’entretenir les échanges et le soin mutuel dans la communauté et avec ceux qui nous entourent dans la réalité quotidienne de ce nouveau monde. Encore une fois, le but du culte est d’être présents les uns aux autres ; nous, en tant qu’Églises confrontées aux restrictions que nous connaissons, avons pour double tâche d’encourager tous nos membres à l’imagination et de leur donner les ressources nécessaires.

Pourquoi une telle distinction est-elle nécessaire ?

On le sait, le théoricien de la communication Marshall McLuhan a fait observer que « le média est le message », ajoutant que le contenu du média nous aveugle souvent quant à son caractère propre. En d’autres termes, si nous choisissons un média qui favorise la consommation passive, nous serons à plus ou moins longue échéance transformés en consommateurs passifs. Cependant, si nous choisissons un média qui nous permet d’être plus présents et de participer ensemble, les uns avec les autres, alors nous nous transformerons en participants actifs à la mission inhérente à l’Évangile, qui consiste à guérir et réparer la Création.

C’est une occasion unique qui nous est offerte ! La réalité de cette pandémie nous oblige à faire face à des questions nouvelles. A vrai dire, beaucoup de nos cultes avant la pandémie tendaient à une consommation passive, mais cette réalité a été bouleversée par le coronavirus, ce qui nous ouvre la possibilité nouvelle d’imaginer une forme de culte plus participative et plus juste. 



Photo Philippe Baumgart

dimanche 22 mars 2020

L’offrande de la pauvre veuve : seulement et tellement !


Merci à la pasteure Solange Weiss, qui nous propose une réflexion à partir du récit de l'offrande de la pauvre veuve.



Luc 21, 1-4
1 Jésus regarda autour de lui et vit des riches qui déposaient leurs dons dans la salle du trésor du temple. 
2 Il vit aussi une veuve pauvre qui y mettait deux petites pièces de monnaie. 
3 Il dit alors : « Je vous le déclare, c'est la vérité : cette veuve pauvre a mis plus que tous les autres. 
4 Car tous ont donné comme offrande de leur superflu ; mais elle, qui manque de tout, a donné tout ce qu'elle avait pour vivre. »
(traduction Nouvelle Français Courant)
 

 
Au temple quelques jours avant sa Passion, Jésus regarde et voit. Et quand il dit « je vous dis », il parle à « nous » aussi (pas de destinataires précis dans le texte). Jésus jette ses quelques paroles comme la pauvre veuve ses deux piécettes.
Qui dit que les riches n’étaient pas sincères parce qu’ils donnaient beaucoup ? Personne. Et ils étaient sûrement sincères dans leurs offrandes généreuses !
Mais Jésus regarde plus que l’offrande, il regarde aussi le geste qui offre et au-delà du geste l’histoire de vie qui s’y devine.
La veuve a mis seulement…tout ce qu’elle avait pour vivre. Elle a mis du vital. Elle a mis de son manque.
Les autres ont donné généreusement mais elle plus encore dit Jésus. Pour offrir, les autres ont pris dans ce qu’ils ont pu, elle, a pris dans ce qu’elle ne pouvait pas : elle a donné de son manque et non de son abondance.
A travers son petit commentaire sur le geste de la veuve, je ne crois pas que Jésus commente nos offrandes peu ou beaucoup. Je ne crois pas qu’il nous demande un geste héroïque qui nous mettrait en avant… et en danger vital.
Je crois que Jésus nous demande seulement un regard sans jugement sur celui ou celle qui apparemment donne peu, fait peu. Dans ce « peu » il y a peut-être l’engagement de toute une vie, un geste dépourvu de toute attente de reconnaissance. Si humble qu’il l’ignore. Si humble qu’il en est grand.
Aujourd’hui dans la tourmente de nos jours « sous coronavirus », chacun.e offre, a besoin d’offrir. Il y a flot d’initiatives généreuses. Dans cette appétence à (se) donner, il y a aussi tout notre manque, toute notre impuissance qui remue et s’agite.
Dans ce malaise ou cette ambiguïté, il peut avoir tentation de juger ou au moins de comparer ceux qui agissent et ceux qui prient, ceux qui se taisent et ceux osent parler, ceux qui répondent et ceux qui ne répondent pas, ceux qui applaudissent et ceux qui ne vont pas aux fenêtres, ceux qui ont trois idées par jour et ceux qui n’en ont pas…. Et pourtant… nous sommes tous enfants de la même impuissance. Et au fond de nous, le même appel à la vie, le même feu qui ne meurt pas, qu’il flambe ou qu’il soit braises.
Dans le flot des initiatives pleines de généreuse volonté, sachons regarder aussi le petit geste qui ne se montre pas et qui n’en est pas moins généreux même s’il ne sait pas faire sa place dans les réseaux sociaux.